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10 juillet 2019

Mortalité des grandes nacres en Méditerranée : la Principauté de Monaco se mobilise

5 juin 2019 : mise en place des sacs permettant la récupération des juvéniles de grandes nacres - Principauté de Monaco. © Michel Dagnino – Institut océanographique.

En 2016, un épisode de mortalité exceptionnel touchant les grandes nacres a été relevé sur le littoral espagnol. À la fin de l’année 2018, il s’était étendu aux zones maritimes française, monégasque et italienne. Le Gouvernement Princier, avec l’aide de nombreuses institutions locales et en collaboration avec un réseau d’acteurs internationaux, lance une série d’actions pour la préservation de l’espèce. Depuis le mois de juin, un projet expérimental visant à capturer des larves de grandes nacres est en place. Il donnera lieu à une tentative d’élevage permettant à terme de réintroduire des individus en mer.

D’après le rapport[1]de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), un parasite infectant les glandes digestives des grandes nacres empêcherait l’individu de s’alimenter correctement, l’amenant à mourir de faim. En fin d’année dernière, des plongées de prospection dans les eaux monégasques ont été menées par la Direction de l’Environnement, en lien étroit avec l’AMPN et un réseau de scientifiques espagnols et français. Ont suivi, entre autres actions, des essais de transplantation d’individus plus en profondeur, là où le parasite semble moins actif en raison d’une eau plus froide. Malheureusement, ces tentatives n’ont pas porté leurs fruits et à ce jour, sur plus de mille grandes nacres qui peuplaient la réserve du Larvotto voici un an, seules quelques individus ont été aperçus en vie depuis le printemps.

UN PROJET D’ELEVAGE POUR RELANCER LES POPULATIONS

Depuis le mois de juin, la Direction de l’Environnement et l’Institut océanographique mettent en œuvre un protocole visant à capter des grandes nacres à l’état larvaire, lorsqu’elles sont entraînées par le courant ligure. Les larves feront l’objet d’un projet d’élevage expérimental en vue d’être réimplantées dans leur milieu naturel, permettant d’étudier leur niveau de résistance dans les eaux monégasques. Cinq lignes dotées de 12 sacs de récupération (deux lignes au pied du Musée océanographique et trois au sein de la réserve marine du Larvotto) ont d’ores-et-déjà été installées par des plongeurs de la Direction de l’Environnement, de l’Institut océanographique, de l’Institut de la Mer de Villefranche, de l’Université de Nice et de l’Association Monégasque pour la Protection de la Nature (AMPN). Le maillage des sacs optimise les chances de capter des larves dans le courant. Ces sacs seront ensuite remontés à la surface entre les mois de septembre et octobre et examinés avec soin. Si des larves d’au moins deux centimètres ont pu être récupérées, elles seront mises en bac dans le nouveau Centre Monégasque de Soins des Espèces Marines (CMSEM) abrité au Musée océanographique, pour une durée d’environ un an. Elles pourront s’y développer sous étroite surveillance, jusqu’à atteindre une taille suffisante leur permettant d’être réintroduites dans leur milieu naturel. Imaginé et conçu pour participer à des opérations de conservation et à la recherche sur la biodiversité marine, le nouveau CMSEM est entré en fonction depuis le mois d’avril et sera donc mobilisé dans la recherche de solutions à ces épisodes de mortalité.

UNE MOBILISATION COLLECTIVE

Face à l’ampleur du phénomène, mais aussi face au caractère expérimental de l’opération, cette initiative ne peut s’inscrire que dans une dynamique collective permettant la mutualisation des travaux et une action en réseau à l’échelle méditerranéenne. Sous l’impulsion de la Direction de l’Environnement, de nombreuses institutions se sont ainsi mobilisées dans ce programme de recherche et de conservation des grandes nacres, parmi lesquelles la Fondation Prince Albert II de Monaco, le Centre Scientifique de Monaco, l’Institut océanographique (Fondation Albert Ier, Prince de Monaco), l’Institut océanographique Paul Ricard, l’Institut de la Mer de Villefranche, l’Université Nice Sophia Antipolis, ou encore l’Association Monégasque pour la Protection de la Nature (AMPN) qui participe de longue date au suivi de la population de nacres du Larvotto. Ce travail en réseau, permettant notamment de faire avancer la connaissance sur ce phénomène de mortalité, dépasse les frontières monégasques et françaises puisque de nombreux acteurs d’Espagne et d’Italie y ont été associés.

A noter que la Fondation Prince Albert II soutient par ailleurs depuis 2016 le programme « Pinna SPOT » mené par l’Institut de biologie marine de Kotor (Montenegro) avec des partenaires français (Institut Paul Ricard) et espagnols. Il vise à établir un inventaire des populations de l’espèce, d’étudier leurs conditions de vie et leur développement génétique. Les grandes nacres de la région de Kotor semblent mieux résister à l’épizootie. Les solutions pourraient ainsi venir de la comparaison de différents sites en Méditerranée et de la mise en commun des expériences des différents partenaires. La Principauté de Monaco jouera, dans les mois qui viennent, un rôle actif pour stimuler la coopération régionale.

[1] Report of the Working group meeting Mass Mortality event of the pen shell Pinna nobilis and Emergency response, IUCN, 2018

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