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23 avril 2016

En Compagnie de Jirí Kylián

Les 28, 29 et 30 avril à 20h00 – Le 1er mai à 16h00, au Grimaldi Forum Monaco

Téléchargez le dossier complet, ICI

 

Dans le cadre du trentenaire des Ballets de Monte-Carlo, Jean-Christophe Maillot a demandé à Jiří Kylián, devenu au fil des années, « un ami intime de la Compagnie », d’imaginer une soirée exceptionnelle avec ces danseurs qu’il aime tant. Du 28 avril au 1er mai 2016, le public pourra ainsi découvrir un "programme anniversaire" qui révèle toutes les facettes du chorégraphe et le talent des danseurs des Ballets de Monte-Carlo. 

Bella Figura, une de ses œuvres les plus emblématiques, Gods and Dogs et Chapeau.

Jiří Kylián nous montre qu’il aime faire des surprises... et cette soirée ne devrait pas en manquer !

Bella Figura, Gods And Dogs, Chapeau
Chorégraphies : JIRÍ KYLIÁN

Dans le cadre du trentenaire des Ballets de Monte-Carlo, Jean-Christophe Maillot a demandé à Jiří Kylián, devenu au l des années « un ami intime de la Compagnie », d’imaginer une soirée exceptionnelle avec ces danseurs qu’il aime tant. Du 28 avril au 1er mai 2016, le public pourra ainsi découvrir un «programme anni- versaire» qui révèle toutes les facettes du chorégraphe et le talent des danseurs des Ballets de Monte-Carlo. Bella Figura, une de ses œuvres les plus emblématiques, est une plongée dans un univers esthétique sensuel et puissant tandis que Gods and Dogs témoigne de l’acuité dont le chorégraphe fait preuve quand il aborde la question de l’individu dans la société. Avec Chapeau, Jiří Kylián nous montre qu’il aime faire des surprises... et cette soirée ne devrait pas en manquer !

À travers Bella Figura (1995), Jiří Kylián nous invite à ré é- chir sur les sources de la beauté et de la sensualité dans notre quotidien. Dans quels recoins de notre réalité se cache la beauté ? Est-elle toujours là où on l’attend ? Dans cette chorégraphie, l’artiste nous pousse à élargir notre champ de vision et à aller chercher l’émotion esthétique au-delà de nos habitudes : dans une grimace, dans un corps qui se contorsionne, voire dans la vulnérabilité du danseur qui, confronté aux dif cultés de la pièce qu’il interprète, doit tou- jours faire « bella gura » (bonne gure). Pour Jiří Kylián, il en va de même pour tout un chacun. Chaque individu doit faire face à un réel qui lui apporte son lot quotidien de déceptions et dont il doit s’accommoder. Mais n’est-ce pas précisément à travers cet effort, que nous effectuons nous aussi pour faire bonne gure et surmonter ce réel, que nous démontrons de la manière la plus éclatante notre capacité à créer du beau ?

L’individu confronté à la réalité et ses tentatives pour se l’ap- proprier ou en contourner les dif cultés est l’un des thèmes majeurs des pièces de Jiří Kylián.

Gods and Dogs (2008) explore cette même piste à travers une ré exion sur notre manière de nous habiller et sur les motivations sous-jacentes qui nous incitent à nous vêtir avec tel vêtement plutôt que tel autre. Toute notre vie, nous portons des habits comme des masques et nous en changeons selon les circonstances et selon la manière dont on nous juge. Là encore, on sent bien toute la fascination de Jiří Kylián pour ce qui touche au comportement de l’individu évoluant dans une société aux catégories poreuses et essayant tant bien que mal de trouver sa place. 

Ces ré exions ne doivent pas pour autant être synonymes d’œuvres sombres et dramatiques. Bien au contraire, chez Jiří Kylián, la légèreté a toute sa place. La folie n’est jamais bien loin. Elle est une soupape qui nous autorise à ne pas prendre les choses graves trop au sérieux. Le répertoire du chorégraphe regorge de situations colorées et surprenantes, à l’image de Chapeau, créé en 2005 pour le vingt-cinquième anniversaire du jubilé de Sa Majesté la Reine Beatrix.

Bella Figura

L’idée de base et le matériau de construction de “BELLA FIGURA” ne sont pas très compliqués, mais ils ne sont peut-être pas si simples, selon la perspective que nous avons de notre expérience.

C’est une « parabole » sur la relativité de la sensualité, de la beauté et de l’esthétique en général, et sur la question de savoir comment nous abordons ce phénomène dans notre vie quotidienne. C’est une journée dans le temps et l’espace, qui illumine notre dignité, ainsi que notre doute. Trouver de la beauté dans une grimace – dans un nœud de notre esprit – ou dans une contorsion physique. C’est comme essayer de réaliser un numéro d’équilibriste sur son propre cordon ombilical. Pour les danseurs, ce n’est pas simplement une manifestation de leur compétence, de leurs qualités artistiques ou de leur prestation technique mais, de la même manière, elle représente leur acceptation de leurs imperfections, de leurs doutes et de leur vulnérabilité.

En italien, les mots « Bella Figura » ne signi ent pas seulement « Beau corps », ils représentent une résilience philosophique des personnes face à une situation dif cile : ils signi ent donc « faire bonne impression. »

En d’autres termes : le public ne saura pas si l’acteur, qui se produit pour lui en soirée, est dans une situation dif cile ou non ; il ne connaîtra rien de ses problèmes personnels, mais l’acteur sait également, que le public ne le sait pas ! Tout ce que l’acteur sait, c’est que les spectateurs ont acheté des billets pour le voir, et qu’ils veulent être « divertis ». Alors, il arbore sa « Bella Figura ». Il fait « bonne impression », quoi qu’il arrive...

Je me pose depuis longtemps les questions suivantes : « Qu’est-ce qu’une représentation, et qui sont réellement les interprètes ? » Et... « à quel moment la représentation commence-t-elle réellement ? Commence-t-elle lors du lever de rideau ou au moment de notre naissance ? Ou est-ce que tout cela commence lorsque le chorégraphe demande aux danseurs d’apprendre les premiers pas ?

La représentation commence-t-elle lorsque les danseurs commencent à se maquiller ? » et... « Le spectacle commence-t-il lorsqu’ils quittent la scène, ou se poursuit-il jusqu’à la n de notre vie ? » ou « Quelle est la différence entre les vêtements que nous portons dans la rue et le costume de scène ? Où se situe la frontière entre l’art et l’arti cialité, et où devrions-nous marquer une ligne entre le rêve et la réalité ? »... Et nalement : « Où est la frontière entre la vérité et le mensonge... »

Ce « Monde intermédiaire », cette « zone oue » dans laquelle différents sentiments et expériences se confondent, produit une sorte de tension ou d’alchimie qui m’intéresse. Il crée un monde dans lequel toutes sortes de réalités (rationnelles ou fantastiques) fusionnent de la manière la plus imprévisible et la plus surréaliste qui soit.

Pouvez-vous imaginer que vous vous tenez au seuil d’un rêve... que vous êtes dans l’obscurité totale, et que vous regardez xement une lumière intense et vive, les yeux fermés, et que vous doutez de chaque moment de notre prétendue « réalité ». Et lorsque vous ouvrez les yeux, vous vous rendez compte que votre rêve est entré dans votre vie, et qu’il fait désormais partie intégrante de votre prétendu « monde réel ».

Quoi qu’il en soit, toutes ces choses que je viens d’essayer de vous décrire peuvent être expliquées d’une façon beaucoup plus facile : imaginez que vous avez fait un rêve dans lequel vous tombiez de votre lit et que, en vous réveillant le matin suivant, vous vous rendez compte que vous avez une côte cassée.

Jiří Kylián - Den Haag, 23 septembre 2007

Gods and Dogs

À propos des Vêtements, des Costumes et des Pansements. Nous naissons nus : sans aucune protection pour affronter la vie. Les premiers vêtements que nous portons sont des couches (si nous sommes chanceux).

Par la suite, nous portons n’importe quel vêtement que l’on nous a donné, qui nous est imposé, ou dont nous avons hérité de nos frères et sœurs aînés. Ils nous protègent du soleil et du froid, et ils cachent notre nudité.

En grandissant, nous essayons d’in uencer la façon dont notre corps est couvert en suppliant ou en hurlant, pour convaincre nos parents biologiques ou adoptifs de nous fournir des vêtements qui pourraient contribuer à notre amour propre ou, du moins, nous donneraient une apparence un peu plus digne, nous apportant un peu de respect de la part d’un cercle d’enfants extrêmement critiques et souvent impitoyables qui nous entourent.

Par la suite, nous pouvons nous acheter nos propres vêtements. Nous sommes alors confrontés à davantage de dif cultés lorsque nous faisons nos propres choix, et nous commençons à comprendre qu’en nous couvrant de différentes manières, nous pouvons mettre en valeur, voire même changer notre situation dans la société où nous vivons.

Malheureusement, nous ne sommes pas suf samment équipés pour relever ces dé s. Ainsi commence une aventure vraiment fascinante mais souvent déloyale.

Nous sommes facilement séduits par les tendances et la mode, in uencés par les amis, les amants et la famille, ou contraints de respecter des règles religieuses, des croyances, une orientation sexuelle ou d’autres convictions.
Plus tard dans notre vie, nous sommes confrontés à la maladie (mentale ou physique), lorsque nous devons panser les plaies de la vie (mentales ou physiques) quand notre corps (physique ou spirituel) ne peut supporter la routine quotidienne, et nous avons besoin de vêtements pour nous permettre de le faire.

Les vêtements (toutes sortes de supports, pansements, couches pour adultes, etc.) que nous mettons lorsque nous sommes malades, blessés ou handicapés, révèlent à chacun que nous sommes vulnérables ; alors, nous sommes en réalité une proie facile, facile à tromper, ou à cibler ou à agresser. Cependant, cet état de vulnérabilité peut également créer une situation plus inhabituelle dans laquelle ce vêtement représente un certain type de « stigmate » ou une sorte de valeur « symbolique », qui nous élève vers des domaines spirituels supérieurs (le pagne de Jésus, le dhoti de Gandhi, ou les vêtements que les pèlerins portaient pendant leur pèlerinage).

Les danseurs adorent porter des haillons. Leur tenue vestimentaire quotidienne est d’une grande importance psychologique et elle est étroitement liée à leurs superstitions individuelles. Quel que soit le niveau de décontraction de leur tenue, elle n’est pas choisie par hasard. Elle dissimule ou révèle leur corps selon leur état mental, physique ou émotionnel du moment.

Dans la communauté des artistes, les danseurs paraissent toujours les plus affûtés – physiquement et mentalement – mais c’est le contraire qui est vrai. Ils sont davantage sujets aux blessures - mentales, physiques ou émotionnelles – que leurs collègues artistes, car ils sont obligés d’exposer leur propre corps comme une œuvre d’art !

Je ne révèle probablement pas de grands secrets lorsque je dis que nul d’entre nous n’est né parfait. Nous héritons de la force et de la résilience physique, mais également de faiblesses, ou de notre capacité mentale avec toutes ses failles : notre armure émotionnelle révèlera inévitablement des ssures, mais nous vivons tous avec cet héritage dès le moment où nous crions pour la première fois, jusqu’au silence. Au cours de notre existence, nos méandres psychologiques, innés ou acquis, et les maladies, deviendront des compagnons inséparables. Et puis, soudainement, après avoir tellement vécu à pleins poumons, après avoir été inspiré par de si nombreuses aventures, après avoir été enivrés par une existence si active - soudainement, on nous déclare souffrants, malades, dérangés ou dysfonctionnels.

C’est cette frontière, entre la « normalité et la démence », entre la « santé et la maladie » et toutes les normes qui déterminent l’une ou l’autre, qui me fascine.

Elle peut être diagnostiquée à tout moment de notre vie. Cependant, quand se produira exactement ce moment qui nous fera passer au-delà de la frontière invisible, dans le monde obscur de la démence et de la maladie ? Et qui sera le « Déterminateur ? »

Il est plus qu’évident pour moi que je ne suis ni la première ni la dernière personne à poser ces questions, et je pense que chaque génération émergente devra réexaminer et redé nir les frontières entre les zones oues de la démence et de la maladie. Cependant, quelles que soient les frontières dans lesquelles ces conditions humaines seront con nées, il est certain qu’aucune évolution ne pourra être accomplie sans l’aide d’une partie saine de la folie.

Jiří Kylián - Novembre 2008

Chapeau

Créée à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire du jubilé de Sa Majesté la Reine Beatrix.
Une chorégraphie de Jiří Kylián commandée par la Ville de La Hague, en coproduction avec le Nederlands Dans Theater et le Holland Dance Festival. Première le 27 octobre 2005. En ouverture de la 10è édition du Holland Dance Festival au Lucent Danstheater à La Hague.

Sous la Présidence de S.A.R. La Princesse de Hanovre ©2012/2020 Compagnie des Ballets de Monte-Carlo - Monaco Dance Forum - Académie Princesse Grace - Jean-Christophe Maillot