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Annabelle Jaeger Seydoux MTE - Annabelle Jaeger-Seydoux, Directeur de la MTE.
10 janvier 2019

Interview d’Annabelle Jaeger-Seydoux, Directeur de la Mission pour la Transition Énergétique

Nommée pour remplacer Jean-Luc Nguyen en septembre, Annabelle Jaeger-Seydoux est à la tête de l’entité gouvernementale chargée de mobiliser les acteurs monégasques autour de la transition énergétique du pays, de soutenir les projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de production locale d’énergie renouvelable, ou encore de décarboner l’énergie importée. Quels sont ses expériences ? Ses projets ? Ses objectifs ? Ses premiers dossiers ? Entretien.

Annabelle Jaeger-Seydoux, Directeur de la MTE.

Quels sont vos projets pour la transition énergétique de la Principauté, et plus spécifiquement pour l’action de la Mission pour la Transition Energétique (MTE) ?

La transition énergétique désigne une modification structurelle et profonde des modes de production et de consommation de l'énergie. La Principauté s’est dotée d’une large capacité d’accompagner cette transition et de répondre aux objectifs de neutralité carbone à l’horizon 2050 : un Plan Energie-Climat pour fixer le Cap, une Mission pour la Transition Energétique pour accélérer la dynamique, un Fonds verts national pour financer les projets, avec notamment des aides financières pour l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables.

La transition résulte tant d'une volonté politique du Gouvernement Princier que des particuliers et entreprises. Relais des initiatives publiques, la MTE doit accompagner les particuliers et les entreprises de l’information aux solutions pour le passage à l’acte.

La transition implique des alternatives aux combustibles fossiles, avec le développement des énergies renouvelables et, dans le même temps, une maîtrise des consommations, deux missions phares de la MTE.

J’ai le sentiment d’être aujourd’hui « au bon endroit au bon moment », alors que les consciences sont éveillées et que les esprits sont matures pour opérer la transition. La MTE doit jouer un rôle de facilitateur et d’accélérateur. Pour cela, elle doit commencer par rendre visible les multiples initiatives publiques et privées et valoriser les nombreux acteurs qui sont déjà en mouvement.

Après le Prince Souverain et le Gouvernement, le Conseil National, le Conseil Economique et Social, le CHPG ou encore l’ensemble des hôteliers de la Principauté, la Mairie de Monaco a signé le Pacte National pour la Transition Energétique (PNTE) le 8 septembre. Le nombre de signataires, et leur capacité respective de mobilisation, permet-il aujourd’hui d’engager une véritable action en faveur de la transition énergétique ?

La mobilisation collective est une condition impérative de réussite de la transition énergétique. C’est dans cet esprit qu’a été réalisé le Livre Blanc, en 2017, avec la participation de tous, tant pour dresser le constat que pour penser les solutions. Le Pacte National est le volet engagement de cette dynamique : il est un outil de progrès, permettant à tous, résidents, travailleurs, entreprises, institutions, associations, de contribuer concrètement à la transition énergétique. Il est constitué d’une Charte d'engagement simple et lisible et pose les trois grands axes de la transition énergétique : la mobilité, les déchets et l'énergie. Il se décline en plans d’actions annuels indiquant ce que chaque adhérent fait concrètement en matière de transition énergétique, avec une mise en évidence des GES évités.

Les signataires sont aujourd’hui autour de 500. Il faut aller plus loin et que chaque signataire devienne lui-même un ambassadeur de la démarche.

En 2019, un accompagnement leur sera proposé pour le suivi des actions. Il permettra d’établir un bilan annuel des progrès obtenus et d’aller plus loin avec propositions d’actions et d’indicateurs.

Il est désormais possible d’adhérer au PNTE en ligne. Qu’attendez-vous de ce nouveau dispositif ?

Adhérer en ligne est une mise en cohérence avec les messages du pacte lui-même, notamment l’objectif d’économiser du papier. L’objectif est aussi d’offrir une plus grande facilité d’accès, c’est pourquoi nous développons des bornes d’accès Pacte avec certains de nos partenaires les plus motivés en Principauté. Au-delà de l’engagement, le Pacte National est aussi un outil de pédagogie et une invitation à s’interroger sur nos comportements individuels et collectifs.

La nouvelle réglementation énergétique des bâtiments de la Principauté a été présentée à la presse le 9 octobre. Dans quelle mesure la MTE a-t-elle collaboré avec la Direction de la Prospective, de l’Urbanisme et de la Mobilité (DPUM) sur ce dossier ?

Afin d’améliorer significativement l’efficacité énergétique dans les bâtiments neufs et anciens et de répondre aux objectifs de réduction des émissions de GES, la réglementation thermique devait être adaptée. C’est en effet chose faite.

Ce texte fixe notamment, pour les constructions neuves, une consommation maximale d’énergie et un taux de recours minimal aux énergies renouvelables. Parmi les nouvelles mesures, vous trouverez également :

  • l’interdiction du fioul en 2022 dans les bâtiments anciens ;
  • l’obligation de réaliser des audits énergétiques dès 2022 pour les bâtiments construits entre 1930 et 1990 ;
  • l’obligation de réaliser des travaux d’isolation thermique à l’occasion de certains travaux de réhabilitation de bâtiments.

Ce travail a été piloté par la DPUM, avec plusieurs Services du Département de l’Equipement, de l’Environnement et de l’Urbanisme, dont la MTE, mais aussi de la Mairie. Nous allons continuer à collaborer avec la DPUM pour aller présenter et expliquer autant que nécessaire cette nouvelle réglementation aux acteurs du bâtiment.

La MTE a lancé, le 23 octobre, la démarche « Bâtiments Durables Méditerranéens de Monaco » auprès de quelque 160 acteurs de la construction en Principauté. On commence à percevoir un engagement certain de la part de la société civile pour la transition énergétique. Quelles ont été les grandes étapes de l’évènement ? Et en quoi cette journée peut-elle confirmer cette impression ?

Pour accompagner la trajectoire ambitieuse de neutralité carbone de la Principauté, la performance environnementale et énergétique des bâtiments est une priorité : ils représentent en effet plus de 30 % des émissions. Dans ce cadre, la MTE a en effet rassemblé, au Lycée Technique et Hôtelier de Monaco, l'ensemble des corps de métier de la construction et de l’urbanisme autour des enjeux prioritaires du bâtiment durable. Avec plus de 160 participants, l'événement a permis des échanges nourris et constructifs.

L'objectif était de leur présenter la démarche Bâtiments Durables Méditerranéens (BDM), créée en PACA en 2009. Volontaire et innovante, elle vise à favoriser les bonnes pratiques dans la construction (réduction de l’impact des matériaux et des consommations d’eau et d’énergie, bio-climatisme, etc.) pour préserver confort et santé, tout en tenant compte des enjeux environnementaux, sociaux et économiques.

D'ici la fin de l'année 2019, la démarche sera adaptée, avec les acteurs, au contexte et aux spécificités monégasques et deviendra BD2M : « Bâtiments Durables Méditerranéens de Monaco ». Six journées de travail, réparties sur plusieurs mois, feront suite à cette première rencontre pour aboutir à la création du référentiel BD2M.

Nous aboutirons, je l’espère, à une démarche pleinement cohérente avec le climat méditerranéen et qui réponde aux attentes des utilisateurs, puisque définie par et pour eux.

Quel est votre parcours professionnel ?

Après des études de sciences politiques et des expériences publiques et privées - l’une à l’Assemblée Nationale française, l’autre dans une start-up - je me suis engagée dans l’environnement en 2003 en rejoignant la Fondation Nicolas Hulot. J’y ai porté de grandes campagnes de mobilisation des acteurs comme le Défi pour la terre ou le Pacte écologique. J’ai ensuite été élue, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, déléguée à la biodiversité et  présidente de l’Agence régionale pour l’Environnement, qui accompagne les communes dans leurs politiques de développement durable. En décembre 2015, j’ai été nommée Personnalité qualifiée en environnement au sein du Conseil Economique, Social et Environnemental français, duquel j’ai démissionné il y a quelques semaines pour prendre la Direction de la Mission pour la Transition Energétique. Je reste par ailleurs engagée dans le milieu associatif environnemental et ai l'honneur de présider la branche France de la Fondation Prince Albert II de Monaco.

 

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